Conte des milles nuits de Bretagne

Publié le par Les tourtereaux

Elle se mettait à la fenêtre de sa chambre tous les soirs en espérant le revoir et ses espoirs n'étaient jamais déçus, car il venait avec exactitude traverser le parc du château. Elle était fascinée par ce cavalier mystérieux. Mystérieux car il lui semblait surgir de nul part, il semblait apparaître là au beau milieu du jardin pour ensuite s'éloigner en allant toujours dans la même direction et s'évanouir dans un brouillard qui était soudain et ne subsitait que quelques instants. Elle avait pourtant observé méticuleusement tous les endroits possibles par où un cavalier pouvait s'introduire dans le parc et avait noté dans son cahier chacun de ces endroits. Elle avait ensuite observé avec attention chacun de ces endroits sans relâcher son attention mais sans qu'elle ne puisse découvrir celui par lequel arrivait le cavalier. Il ne lui semblait pas s'être endormie un seul instant et elle faisait en sorte de ne jamais être dérangée lors de ces moments d'observation et de douces rêveries, imaginant le visage, l'origine, les motivations de l'inconnu ...

Un château en Bretagne
Depuis quelques jours, c'est de plus en plus amusant. La première fois que je l'avais vu à la fenêtre, elle était rêveuse, magnifiquement belle. Maintenant elle attend ma visite avec impatience et je la surprends chaque fois dans un nouveau coin du parc à guetter ma venue. Lorsque je disparais à ses yeux, je souris en pensant à toutes les hypothèses qu'elle doit échafauder durant la journée. J'avoue cependant que j'apprécie les attentions dont ma venue fait l'objet. Bientôt, c'est moi qui serai pris au jeu et qui attendrai impatiemment la venue de la nuit, c'est moi qui surveillerai anxieusement le parc pour déceler sa présence, c'est moi qui brûlerai d'envie de mettre pieds à terre et de poser mes lèvres sur sa peau, de caresser ses cheveux...

Ce soir j'ai mis une robe noire en taffetas, elle est faite sur le modèle des tenues d'amazone pour monter à cheval. J'imagine que j'ai envie qu'il m'enlève et m'emmène sur son cheval. Je crois qu'il doit venir d'un endroit magique et merveilleux, un pays de fées ou d'elfes. Je ne peux croire qu'il puisse me vouloir du mal, de toutes façons, il ne doit même pas avoir connaissance de ma présence, de mon existence ! Son chapeau lui cache toujours légèrement le visage et la faible clarté donnée par la lune ne me permet pas de distinguer ses traits. J'imagine ses yeux sombres et pénétrant, un nez droit et très fin, une bouche au sourire narquois qui ne se surprend plus de la vie. C'est peut-être un revenant ? J'ai soudainement un frisson qui me parcourt tout le dos. Non, c'est impossible, il ne peut être un de ces êtres qui viennent hanter les vieilles demeures, son port est bien trop noble et sa silhouette est souple et agile, il doit d'ailleurs être assez grand, au moins une bonne tête de plus que moi. Ce soir, je suis décidée, je prendrai un livre et je m'installerai au beau milieu de sa route !

Un château en Bretagne
Aujourd'hui je ne l'ai pas vue. Ah si, quelques instants derrière une fenêtre... Qu'est-ce qui peut bien l'empêcher de sortir, d'errer dans le parc en attendant ma venue ? Peut-être est-elle lassée de ce petit jeu, peut-être ne m'aime-t-elle plus ? Je me surprends à m'interroger alors que peut-être est-elle tout simplement indifférente. Qu'à celà ne tienne, me voici lancé dans ma promenade nocturne quotidienne. Oh là, je la vois, à cinquante mètres, assise sur le sol, les jambes dénudées par sa robe noire dont le tissu ondule sous la brise du soir, un livre aux pages dorées reposant négligemment à ses côtés. Je m'approche et je voudrais que mon coeur ne batte pas si fort... Plus que quelques pas entre nous deux. Elle relève la tête vers moi, ses yeux m'implorent : « descend bel homme et vient cueillir la rose noire qui s'offre à toi ».

La suite ? À vous de l'imaginer, peut-être en vous prélassant dans le parc de ce même château ou se sont connus les amants de notre histoire...
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