Un dimanche à Versailles (2/2)

Publié le par Étienne

Voici maintenant la deuxième partie de la nouvelle commencée dimanche dernier :

- Tiens, regardez donc la coiffure de Madame de ***, s'amusa le fermier général.
En ce dimanche matin, il était fort gai. À son bras, Madame Cahouet de Villers, vêtue d'une admirable parure. Elle rayonnait également de joie. Elle ne put s'empêcher de lancer un regard curieux dans la  direction qu'il lui indiqua.
- Ma foi, c'est vrai qu'elle ne passera pas inaperçue !

Déjà la foule des courtisans se pressait à l'intérieur de l'église. Le brouhaha général permettait à chacun d'y aller de commentaires piquants et d'anectodes assez lestes sur les personnages de la cour sans crainte d'être entendu. Néanmoins, quelques instants plus tard, un silence respectueux se fit pour l'entrée de leurs majestés.

La Reine s'avança lentement vers la place qui lui était réservée tout en paraissant scruter attentivement la foule des courtisans. Lorsque son regard s'arrêta imperceptiblement sur Madame de ***, ses lèvres se décoincèrent autant que l'étiquette le lui permettait sans qu'elle ne paraisse sourire. Elle se tourna alors vers nos deux héros et elle fit le léger signe de tête tant attendu par le fermier général, qui n'avait pas quitté Marie-Antoinette des yeux et qui but de tout son regard cette distinction que la Reine avait pour lui.

- Ah ma chère, dit-il à sa compagne à la sortie de la messe, que vous me rendez heureux !
- Votre bonheur fait le mien, très cher, lui répondit-elle doucement.
- Venez, je vais vous remettre une lettre de change pour l'emprunt dont nous avons parlé.

***

- Ah, Madame de Villers, vous aviez raison, la coiffure que vous m'aviez suggérée a été remarquée par la Reine !
- Oui, j'ai vu, elle m'a fait un signe de tête comme convenu. Je crois que vous pourrez bientôt prétendre à ses faveurs.
- Je suis si heureuse grâce à vous !

***

- Ha, ha, venez ma chère, que nous riions encore de la tête de cette écervelée ! Je n'aurais jamais cru que vous réussiriez à lui faire porter une telle extravagance !
- Oui, c'est vrai quelle était un peu ridicule...
- Mais dites-moi, vous avez bien vu mon petit signe de tête ?
- Oui, et maintenant cette courtisane croit que vous l'avez remarqué et qu'elle pourra bientôt paraître dans vos appartements !
- Ha, ha, ha, s'esclaffa de nouveau la reine, vous êtes très forte Madame de Villers !

Diabolique Madame Cahouet de Villers !
Épilogue

Madade Cahouet de Villers garda bien évidemment pour elle la somme astronomique qu'elle avait escroquée à l'ambitieux Loiseau de Bérenger. Cependant, elle ne put en profiter longtemps puisque quelque mois plus tard, le 13 mars 1777, elle fut conduite à la Bastille pour une série d'affaires semblables où elle utilisait le nom de la Reine afin d'escroquer de fortes sommes à de crédules personnages. Elle y restera trois mois avant que l'affaire ne soit étouffée et qu'elle soit conduite dans un couvent, où elle mourra rapidement.

Jean-Louis Loiseau, dit Bérenger, fermier général et noble, sera guillotinée à la Révolution, reconnu complice d'une « conspiration contre le peuple ».

Quelques années plus tard, une certaine Jeanne de la Motte répétera les exploits de Madame Cahouet de Villers mais à une tout autre échelle puisque qu'elle sera l'instigatrice de « l'affaire du collier », une immense escroquerie de 1,6 millions de livres qui deviendra rapidement l'affaire criminelle du siècle et qui aura un énorme retentissement.
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